Créatrice de Petite Série marque de mode engagée

Petite Série : une anti-fashion devenue créatrice de mode engagée

Cathy fait partie de ces personnes qui créent avec leurs tripes et leurs convictions. Passionnée, véritable boule d’énergie, les idées fusent dans sa tête avec toujours l’envie de proposer une autre mode. Une mode plus respectueuse, à la fois créative et fonctionnelle.

En 2018, elle créé sa marque Petite Série, qui a beaucoup évolué depuis, mais en gardant le même fil conducteur : l’upcycling. Rien à voir avec le vélo, ce terme signifie que ses vêtements sont fabriqués à partir de tissus déjà existants, qui attendent sagement dans des entrepôts (fins de rouleaux, stocks dormants, rideaux, anciens vêtements). Ce qui permet de limiter l’impact sur l’environnement en donnant une nouvelle vie a des matières non utilisées plutôt que d’en produire de nouvelles.

Sa dernière collection, des bombers réversibles et mixtes, est tout simplement magnifique avec vrai sens du détail et de la finition. Sur son dos, elle porte d’ailleurs l’un de ses modèles. D’un côté, il est fait avec un velours rouille éclatant, de l’autre… avec un tapis chiné, entièrement brodé à la main ! Le résultat est canon. « J’aime raconter des histoires autour des vêtements », m’explique-t-elle. Et ses modèles en fourmillent…

Cathy porte un bomber réversible Petite Série
Cathy, la créatrice de Petite Série et son bomber fait à partir d’un tapis brodé main

Le déclic mode d’une anti-fashion

« Je ne suis pas du tout une fashionista. Loin de suivre la mode, je ne me retrouvais pas dans ces codes vestimentaires, je ne m’identifiais pas du tout à ce monde superficiel. », m’avoue-t-elle. A l’origine, Cathy était loin de se douter qu’elle en ferait un métier.

Graphiste de formation, elle a été webdesigner pendant 5-6 ans. Parce qu’elle rêvait d’aller en Nouvelle-Zélande, elle décide d’y poser ses bagages pendant un an puis enchaîne avec un voyage en Chine. « Quand je suis revenue, je ne me voyais pas reprendre mon ancien travail. Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire, et c’est à ce moment que je suis devenue tata pour la première fois. »

Fan de sa nièce, elle commence alors à lui fabriquer des vêtements. « J’achetais des tissus dans le Sentier à Paris, je dessinais les modèles et je demandais à ma mère, couturière, si elle pouvait faire les patrons et les monter ! ». Elle se prend au jeu et au goût de la création, à tel point qu’elle décide d’entrer dans une école de mode, Formamod, pour se former à la confection du vêtement. Elle a ensuite l’occasion de rejoindre l’univers de l’enfant, qu’elle aime beaucoup, en travaillant en tant que styliste pour Sergent Major et Du Pareil Au Même sur la partie nuit. C’est à ce moment que sa vision de la mode prend un autre tournant… 

Très curieuse, elle se demande quels impacts ont ses choix en tant que styliste. Concrètement, si elle est obligée de renvoyer un prototype parce que la couleur est trop jaune, comment est-ce que ça se passe « derrière » ? Comment les usines de production doivent-elles gérer ? Que font-ils des rouleaux de tissu ? Cathy pose beaucoup de questions mais a du mal à avoir des réponses. « C’est à ce moment-là que j’ai commencé à regarder The True Cost et plusieurs autres documentaires. En voyant toutes les conséquences entraînées par la mode, j’ai vraiment ressenti de la colère. Et je me suis dit  »Mais… je suis dans un système qui alimente ça ! Je suis désolée mais je ne peux pas ! …  » » Cathy veut créer, mais créer avec du sens. Ne pas faire partie du problème, mais proposer une solution, avec du style.

Petite Série, gros défis

Petit à petit, l’idée d’une marque germe. Cathy a du mal à passer à l’action, elle doit lutter contre son perfectionnisme qui l’empêche d’avancer. « Si ça te fait peur de le faire, fais-le quand même » est d’ailleurs devenu l’un de ses mantras.

Elle lance finalement sa marque en juillet 2018. Le nom de « Petite Série » sonne comme une opposition à la production de masse, celle de la fast fashion. Ses vêtements sont en effet produits en petite série, c’est-à-dire en série très limitée pour éviter le gaspillage textile.

Personnes portant des bombers réversibles et upcyclés

Elle commence par créer uniquement des vêtements pour enfants, puis elle propose en 2019 des vêtements pensés pour les femmes de petite taille (Cathy est toute petite, un point qu’on a en commun !) En 2020, elle décide de se lancer dans le mono-produit avec une collection axée autour des bombers, dédiés cette fois, à toutes les tailles.

Ses bombers ne sont pas « juste » des bombers, ils ont l’atout d’être réversibles, aussi canon d’un côté que de l’autre. Et Cathy n’a pas choisi la facilité. Le velours est une matière particulièrement difficile à monter, même pour des personnes expérimentées… encore plus lorsqu’il s’agit de vêtements réversibles ! Ses bombers représentent beaucoup de travail, puisqu’à la fabrication, c’est comme s’il fallait produire deux blousons.

Quand elle me raconte toutes les difficultés rencontrées dans son projet, je lui demande si cela ne l’a pas découragé… Sa réponse est sans appel « Non, c’est le challenge qui m’intéresse, c’est ce que je kiffe ! Ce qui est facile, en fait, je me rends compte que ça ne m’intéresse pas. »

Petite Série - bombers réversibles
Bomber réversible Fanfan la Tulipe : en velours côtelé d’un côté et tapisserie forale de l’autre!

D’ailleurs, la direction qu’elle veut donner à sa marque suit son goût du challenge. Elle veut proposer plus que des vêtements, aller au-delà, en proposant des modèles évolutifs, fonctionnels et stylés. Des vêtements avec « quelque chose en plus ». Les idées se bousculent dans sa tête, on sent que ça bouillonne, « mais j’essaie de me canaliser ! », lâche-t-elle en riant.

Des vêtements éthiques et porteur de sens

En tant que créatrice, elle voit bien qu’après des années de matraquage publicitaire et de conditionnement par les marques de fast fashion, il y a une « rééducation » à faire : « Quand une personne achète un t-shirt à 10€, elle ne se rend pas forcément compte du travail derrière, de toutes les étapes. Il y a une personne qui tisse, qui monte, qui fabrique. A 10€, c’est impossible de payer normalement tous ces gens. »

Shooting photo Petite Série marque de mode éco-responsable

Pour créer une mode plus respectueuse, elle a décidé de se tourner vers l’upcycling. « C’est selon moi la meilleure façon pour créer des vêtements éco-responsables », m’explique-t-elle. « Parce que même si le vêtement est en coton bio ou labellisé GOTS, il faut le produire et utiliser des matières premières. Alors qu’il existe déjà des tonnes et des tonnes de tissus, il y a énormément de gaspillage… »

Le fait de redonner vie à des trésors oubliés est aussi une activité qui la passionne : « Chiner, trouver les matières qui vont se mixer ensemble, j’adore ! » Pour trouver ses tissus, elle fonctionne beaucoup au feeling. En rigolant, elle m’explique qu’elle sent quand le tissu lui parle… ou non. 

Une fois le tissu trouvé, les vêtements Petite Série sont montés en France. Ses anciennes collections ont été confiées à Mode Estime, un atelier de réinsertion à Saint-Denis. Les bombers, quant à eux, ont été réalisés dans un atelier de réinsertion à Marseille, 13 A’tipik, spécialisé dans l’upcycling.

Bombers réversibles et mixtes Petite Série

Parce qu’il est parfois difficile de s’y retrouver quand on décide d’arrêter la fast fashion, je lui demande quels sont ses conseils pour consommer plus responsable  : « N’hésitez pas à miser sur des intemporels, que ce soit au niveau du modèle que de la matière, pour qu’ils durent dans le temps, quitte à y mettre un peu plus cher. Mieux vaut acheter un T-shirt basique plus cher, mais de bonne qualité, avec une bonne composition et une belle finition qu’un T-shirt qui ne tiendra pas plus de 2 lavages et qu’il faudra racheter 10 fois. Sur le long terme, investir dans la qualité plutôt que sur la quantité revient au final moins cher. Au niveau matière, le mieux est de privilégier une composition naturelle, sans trop de mélanges. On peut aussi compléter son look avec des pièces coup de cœur, comme des pièces de créateurs fabriquées localement, en France ou à proximité (qui ne voyagent pas autour de la terre). Chiner certaines pièces est aussi une bonne idée, surtout que les vêtements « d’avant » ont une meilleure qualité que ceux issu de la fast fashion d’aujourd’hui. »

Parce que les vêtements sont bien plus que de simples bouts de tissus, je lui pose une dernière question : c’est quoi la mode pour elle ? « Pour moi, la mode doit rester fun, parce qu’on exprime qui on veut être en portant un vêtement. Bien plus qu’un habit pour se couvrir, le vêtement en dit long sur ta personnalité et c’est un choix que tu fais tous les jours. Tu choisis tous les matins comment tu veux être perçu, qui tu veux être sans avoir besoin de parler. Le vêtement et ce que tu en fais possède cet incroyable pouvoir. »

Pour en savoir plus c’est par ici :

Pssst ! Si vous aimez les bijoux délicats, allez faire un tour par là :BÔNEUR : des bijoux faits main à porter comme des talismans

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *